Articles

« Faire du cannabis au volant un sujet de discussion »

28/08/2018

La Sécurité routière… à ne pas confondre avec la Prévention routière : qu’est-ce qui vous différencie ?

Laetitia Moch : La Sécurité routière est un service du Ministère de l’intérieur. Il résulte d’une politique publique qui date du début des années 70, une période durant laquelle le nombre de mort sur les routes était extrêmement élevé en France. La Prévention routière intervient sur les même champs que nous mais il s’agit d’une association de loi 1901.

La sécurité routière est une Grande Cause nationale ayant pour objectif de réduire le nombre d’accidents de la route. Pour y parvenir elle a plusieurs cordes à son arc : la formation, via la permis de conduire, le contrôle-sanction (volet répressif) et la communication.

 

Comment résumeriez-vous la stratégie de communication de la Sécurité Routière ?

Laetitia Moch : L’objectif de la communication est de nous permettre d’être le plus souvent au plus près des Français et notamment des conducteurs qui ont la particularité d’oublier assez facilement certaines règles comportementales indispensables sur la route. Le fait que nous conduisions tous les jours rend le risque quotidien !

 

Vous travaillez depuis 2015 avec l’agence La Chose dont le premier geste visible a été le changement de signature « Tous responsables ». Que traduit-elle ?

Rodolphe Pedrono : la signature complète est « Tous touchés, tous concernés, tous responsables ». Elle est née d’un constat : si la sécurité routière touche absolument tout le monde, il apparaissait dans la pratique qu’elle ne ciblait que les conducteurs. Lesquels la considéraient souvent comme relevant d’un choix personnel, de leur seule responsabilité. Dans son briefe, la Sécurité routière souhaitait justement élargir ce champs de responsabilité au-delà du cercle des conducteurs et de leur responsabilité personnelle pour intégrer dans le débat les conséquences de leurs choix. Lorsqu’on provoque un accident, on implique beaucoup de monde qu’on le croit : les passagers – de son véhicule et des autres pouvant être impliqués -, les pompiers, la gendarmerie, mais aussi les proches… Il s’agissait donc d’étendre la responsabilité individuelle à une dimension collective, et faire comprendre qu’un accident de la route n’est pas seulement un choc mais aussi une onde de choc, une accumulation de blessures. C’est ce que nous avions déjà voulu traduire dans notre premier film, justement intitulé « Onde de choc ». Et c’est ce que nous avons voulu résumer dans « Tous touchés, tous concernés, tous responsables » !

 

Vous êtes de nouveau en campagne depuis trois semaines avec un nouveau film, « L’erreur », sur la conduite sous l’emprise de cannabis… Pourquoi ?

Laetitia Moch : Parce que le cannabis est devenu un vrai sujet de société, qu’il concerne une fois encore tout le monde et que sa consommation est responsable d’un grand nombre d’accidents : il est estimé que 752 personnes ont été tuées sur les routes dans un accident provoqués par un conducteur sous l’emprise de stupéfiants. Le plus grave est que, bien souvent, ces conducteurs sont dans le déni le plus total. Ils ne reconnaissent pas le risque Certains vont même jusqu’à considérer que la consommation de cannabis les détend et rend donc leur conduite plus sûre !

Rodolphe Pedrono : Les conducteurs ayant fumé du cannabis sont responsables du décès de 22 % des tués sur la route. Parmi les plus jeunes conducteurs (18-24 ans) impliqués dans des accidents mortels, 20 % sont positifs à au moins un stupéfiant.

Laetitia Moch : On perd ses facultés sous l’emprise du cannabis, et plus encore lorsqu’on le combine avec de l’alcool, ce qui est assez fréquents dans les accidents. Il était donc important de lancer le sujet pour que les gens en parlent. Nous devons créer des discussions sur ce sujet car c’est ainsi que nous ouvrirons les consciences. Le sujet est d’autant plus important que le cannabis étant interdit, il est très difficile d’en mesurer la consommation réelle, contrairement à l’alcool.

 

On est sur un traité très esthétisant et poétique comme tous les films réalisée par La Chose depuis 2016… expliquez-nous ce parti pris.

Rodolphe Pedrono : Il faut savoir que la mort ne fait plus peur, elle est banalisée. Il n’y a qu’à regarder les comportement à l’égard des paquets de cigarettes censé faire peur et qui, finalement deviennent des sujets de rigolade. Il nous fallait donc renouveler le genre, trouver une nouvelle tonalité. L’idée n’était pas de faire pleurer mais de montrer simplement que la violence routière touchait tout le monde, bien au-delà des victimes directes de l’accident. Nous voulions montrer cette violence, sans (trop) de pathos. C’est la raison pour laquelle nous travaillons depuis le début avec Bruno Aveillan qui est un vrai génie de l’image.

Laetitia Moch : Le public étant abreuvé d’images, il faut jouer sur des symboles pour émerger. D’où le cimetière, le père qui pleure, la mère, les grands parent, la petite amie… D’où également cette fumée, organique et malsaine, qui accompagne le conducteurs tout au long de l’histoire, de l’accident au cimetière. Nous avons essayé de marquer les esprits avec un film plus réaliste que les précédents, et je pense que y sommes parvenus.

 

Il y a toujours un débat sur la tonalité des films de sensibilisation sur ce thème : image choc ou pas, brut/réelle ou scénarisées… Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ou plus ?

Laetitia Moch : Nous avons eu plusieurs vocabulaire et joué sur différentes tonalités. Nous avons fait du trash, notamment sur le web (comme le fil « Insoutenable » en 2011, ndlr). Nous avons pu observer que les français étaient globalement favorables et parfois même demandeurs de publicités trash. Pour autant, il faut trouver un juste ton, parce qu’une campagne trop violente finit par créer un effet de sidération qui conduit le spectateurs à débrancher. Lorsqu’il est hyper choqué, le public se met à distance en disant « ça n’est pas moi ».

En mettant en avant l’entourage dans ce film, nous déplaçons le problème en disant au public « : regardez l’impact que ce geste peut avoir sur les proches ». Il y a donc quand même un peu de pathos… ne serait-ce que pour rendre le film réaliste et permettre aux spectateur de s’identifier aux personnages et à la situation.

 

Quel est le dispositif média de cette campagne ?

Laetitia Moch : Elle s’articule autour d’un film qui a été diffusé pendant trois semaines en télévision (à partir du 25 mars), au cinéma à partir du 28 mars et bien entendu sur le digital. Parallèlement au film, deux spots  ont été diffusés en radio, média qui permet d’être au plus près des conducteurs au moment le plus pertinent.

 

Il est trop tôt pour enregistrer des résultats, mais d’une manière générale, comment évaluer l’impact, le poids de ces campagnes dans les changements de comportements ?

Laetitia Moch : Il est difficile d’évaluer précisément l’impact d’une campagne. Ce que nous savons en revanche, c’est qu’un message à plus de chance d’être entendu et retenu dès lors qu’il est récurrent, qu’il est reconnu. C’est la raison pour laquelle tous les films que nous diffusons sont réalisé par le même réalisateurs : en proposant le même ton, le même style, chaque spot fait référence aux précédents tout en délivrant son propre message. La sommes des points de ressemblance lie nos prises de parole et renforce notre présence.

 

Décryptage

Le film met en scène l’enterrement d’un jeune homme dont la voix nous raconte comment on en est arrivé là. Dans un cadre et suivant un scénario réalistes le spot nous fait lentement remonter le temps, du cimetière à l’accident, via un travelling dont le seul liant est une volute de fumée, symbolisant tantôt une brume matinale, tantôt a fumée de l’accident, tantôt celle du cannabis. La signature du film en profite pour nous rappeler qu’en plus d’être dangereux, fumer du cannabis est illégal. On l’aurait presque oublié !

  • Sécurité Routière - L'erreur_2

Sécurité routière

Laetitia Moch, chef du bureau des campagnes nationales et des événements

La chose

Rodolphe Pedrono, directeur commercial

0
commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.